Devenir mère : je n'étais pas prête



Je n'étais pas prête à l'intensité des contractions pour accoucher. Il ne faut pas enfanter dans la douleur.

Je n'étais pas prête à ce tsunami, cette ouverture au monde, ce déchirement du corps pour mettre au monde mon enfant. Tu aurais dû prendre la péridurale. Pourquoi avoir mal quand peut éviter ?

Je n'étais pas prête à avoir une bouche toute molle collée à mon sein qui n'a jamais été en contact avec autre chose que du coton tout doux. C'est pas grave, passe-le au biberon, regarde on se porte bien nous.

Je n'étais pas prête pour cette proximité constante. Les bébés ça ne dort pas seuls dans une chambre ?

Je n'étais pas prête à ne pas laisser mon bébé pleurer. Laisse-la pleurer, elle fait des caprices.

Je n'étais pas à porter mon bébé pendant 4 ans et à avoir mal au dos. Mais achète une poussette enfin, c'est tellement pratique!

Je n'étais pas prête à remettre en question toutes mes valeurs quand j'ai compris la responsabilité de transmission que j'avais. On a toujours fait comme ça, tu te poses trop de questions.

Je n'étais pas prête à avoir des complications liés à l'allaitement et à passer à côté de la mort à cause de négligence médicale. Après 2 tentatives d'hospitalisation : Bon, on va quand même vous garder hein Madame car votre sein est vraiment moche. Par Jean-Guy, interne et futur médecin.

Je n'étais pas prête à reléguer mes besoins au 167ème rang. Faut faire tout pour ses enfants, des sacrifices, ils passent avant toi.

Je n'étais pas prête à ne pas récupérer mon corps comme avant la grossesse. Zut alors, et la femme toute mince sur Instagram, elle a un corps d'enfer après 2 jours !

Je n'étais pas prête à être encore plus hypersensible qu'avant. Ne te plains pas, tu as de la chance.

Je n'étais pas prête à ne pas pouvoir allaiter. "Oh moi j'ai allaité sans problèmes mes 2 enfants"

Je n'étais pas prête à ne pas être dans les violences éducatives ordinaires. On a toujours fait comme ça (2).

Je n'étais pas prête à ce que mon enfant renvoie des choses sur moi-même que je n'avais pas forcément envie de voir. Ne le laisse pas te marcher dessus, c'est toi l'adulte. C'est comme ça et pas autrement.

Je n'étais pas prête à ne pas être à l'aise avec mes émotions et les siennes. Tu vas en faire un enfant roi (1).

Je n'étais pas prête à manquer de soutien émotionnel. "Tu as voulu un enfant tu assumes" ; "vous ne donnez pas envie d'avoir des enfants" "heureusement que tout s'est bien passé" suite à mon accouchement à la maison ...

Je n'étais pas prête à être une autre mère que celle qui était "programmée".

Je n'étais pas prête à être si fatiguée que je pensais parfois que j'allais en mourir. Tu l'as voulu tu assumes" (2)

Je n'étais pas prête à avoir un enfant que je laisse librement s'exprimer, suivre son propre rythme. Tu vas en faire un enfant roi (2).

Je n'étais pas prête à l'aimer si fort que cela me fait parfois peur.

Je n'étais pas prête à manquer à ce point de sentiment de liberté. Tu l'as voulu tu assumes (3).


J'étais prête à avoir un enfant qui dort dans son lit, qui se calme seul, qui joue seul ou qui regarde la télé. J'étais prête à avoir un enfant non hypersensible, un enfant qui "obéit", qui va en crèche ou à l'école. Un enfant qui suit les adultes, qui se tait et qui fait comme ça parce que c'est comme ça.


Je n'étais pas prête à déconstruire tout ça mais je l'ai fait pour ma fille et mes futurs enfants.


Pour être une autre maman aujourd'hui, je chemine depuis 4 ans et même si c'est parfois extrêmement difficile c'est surtout gratifiant et instructif. Je deviens une meilleure personne, une maman plus appropriée à mon enfant et à une transmission de mes valeurs et de la vie efficace et adéquate.

Respecter les rythmes d'apprentissage de votre enfant, le respecter, ne pas être dans les violences éducatives ordinaires ne fera pas de lui un enfant roi mais un enfant respecté dans ses besoins physiologiques qui aura confiance en lui et en vous. Un enfant qui sera à l'aise pour découvrir le monde.


Peu importe les histoires de chacun, les choix, les difficultés, les doutes, les moments de bonheur, l'amour... Tout ce dont a besoin une mère c'est de soutien.

Soutenons les mamans même si ce qu'elles traversent semblent être à mille lieux de ce que l'on connaît. Soyons tolérants, compréhensifs et présents. Respectons ce qu'elles vivent et ce qu'elles ressentent. Informons-les avec bienveillance et douceur. Si nous faisons cela nous les aiderons déjà énormément !

Prenons soin des mamans, soyons plutôt dans l'accompagnement et l'écoute plutôt que dans le jugement. Nos peurs et nos difficultés ne sont pas celles des autres.


Mon trésor,

mon précieux,

ma merveille.

Reste au chaud, dans la muraille de mes bras.

Laisse-moi, quelques années encore,

faire rempart à la dureté du monde.


Extrait du livre Maman d'Hélène Delforge et Quentin Gréban