Mon accouchement à la maison


Je ne fais pas les choses à moitié. Lorsque j'ai appris que j'étais enceinte, j'ai tout de suite envisagé un accouchement à la maison. Si vous voulez en savoir plus sur ce choix et le cheminement pour en arriver là, je vous invite à aller lire l'article sur le sujet. Ici je vais juste vous parler de mon accouchement en lui-même. Vous pouvez également retrouver mon témoignage complet en Podcast sur Les choses simples.

Le 9 décembre, vers 23h, je sens du liquide couler entre mes jambes, je ne suis pas sûre car c'est assez succinct mais si, ça y est, la poche des eaux s'est fissurée. Oups... C'est parti. Plus de retour en arrière possible. C'est mon premier, j'appréhende, je suis excitée et en même temps je ne sais pas ce qui m'attend exactement. Le papa prépare la zone de guerre - dans notre salon donc - et moi je vais prendre une douche (je crois que TOUTES les femmes font ça!) et pour cause, l'accouchement s'apparente à un marathon et on n'est pas franchement fraîche hein après !

J'appelle ma sage-femme pour qu'elle se mette en route, c'est mon premier et j'ai envie qu'elle soit près de moi même si le travail dure longtemps. Je n'ai pas encore de contractions vraiment douloureuses, j'ai juste le bas du ventre qui tire extrêmement fort ; mon homme me prépare Bambi (ma bouillote et mon meilleur allié dans cet accouchement). Je crois qu'il a du la remplir 60 fois sur la nuit, le pauvre. Je m'installe tranquillement sur mes matelas au sol, dans le salon à côté du chauffage. Et j'attends, je respire, j'appréhende un peu,... La douleur dans le bas ventre s'intensifie, les contractions douloureuses arrivent. Ma sage-femme va dormir pour être plus en forme pour la naissance.

4h plus tard je demande à mon mari de la réveiller parce que les douleurs s'amplifient vraiment et ça commence à être dur. Elle m'examine et malheureusement pour moi mon col n'a pas bougé...

C'est à cet instant précis où je lui ai sorti la fameuse phrase : "je ne vais jamais y arriver". Avec toute sa bienveillance elle a eu pour réponse de me regarder avec ses yeux remplis de compassion comme pour me dire : je sais ce que c'est, bien-sûr que tu vas y arriver. Elle a 4 enfants ma sage-femme donc oui elle sait ce que c'est et elle en a vu des femmes accoucher ! A ce moment dans ma tête je pense à la péridurale pour me soulager et puis à tout ce que cela impliquerait d'être transférée à l'hôpital pour - peut-être l'avoir à temps - : me rhabiller, descendre des escaliers, être dans le froid, rencontrer de nouvelles personnes, l'équipe médicale, remplir des papiers, finir le sac pour la maternité, et si elle ne marche pas cette péridurale ? En fait, non, je n'ai VRAIMENT pas envie de tout cela. Je suis bien dans ma bulle, au chaud, chez moi. Oui, j'ai mal mais ça c'est normal. Ma sage-femme me briefe un coup en m'expliquant que je dois vraiment me laisser aller, que je dois accompagner la douleur. Je la bloquais moi, je me crispais dès que j'avais une contraction et mal. C'est le fameux concept de "il faut surfer sur la vague" vous voyez ? Ben j'en étais là, il fallait que je surfe sur les contractions et sur la douleur, il fallait que je l'accompagne pour qu'elle ouvre mon col. J'ai aussi avalé des gélules homéopathiques. J'ai vomi aussi tout ce que j'avais dans l'estomac - mais je ne sais plus si c'était avant ou après les gélules -. Je n'ai rien mangé non plus malgré que j'avais préparé des fruits secs et fruits frais. Oui, c'est un avantage quand on accouche chez soi, on peut manger, boire et faire ce qu'on veut en fait !

Une fois que les contractions deviennent intenses et que la douleur s'intensifie, on perd la notion du temps. C'était vraiment difficile et long... Quand j'y pense le travail a commencé vers 23h et j'ai accouché à 13h28. Cela m'a paru être une éternité à partir de 5h du matin. J'ai beaucoup extériorisé la douleur, ça m'a fait un bien fou et ça m'a énormément aidé. A chaque contraction trop douloureuse je faisais un "Om" qui durait jusqu'au pic de la contraction et qui redescendait avec elle. Cela m'aidait à rester dans l'instant présent et vivre cette contraction plus "facilement".

Quelque temps après m'être laissée aller à la douleur mon col s'est enfin ouvert à 10 cm. C'est alors que de nouvelles sensations sont apparues : la descente du bébé "par l'arrière". Je crois que c'est ce qui m'a le plus choqué dans mon accouchement. J'ai détesté ça... plus que la douleur encore, j'avais l'impression que tout allait exploser ! Heureusement, ça a été plutôt rapide, dans mes souvenirs.

Les contractions étaient si fortes, on ne peut jamais vraiment imaginer ça avant de l'avoir vécu. A chaque contraction je transpirais, des gouttes me coulaient de partout et dans les temps de repos, j'avais froid ! Et ainsi de suite...

Ensuite le bébé descend par l'avant donc... J'étais sur le dos, semi-assise dans les bras de mon homme car j'étais épuisée. J'étais à bout, j'étais même lassée de la douleur! J'en avais juste marre. Puis les contractions se rapprochent de plus en plus pour faire sortir le bébé. Le repos est de courte durée... La sage-femme me demande si je veux voir la tête de ma fille lorsque j'ai une contraction. Et là je vois le sommet de son crâne avec ses cheveux tout noirs ; autant vous dire que j'ai reçu le coup de booste qu'il me fallait pour la dernière ligne droite ! Je donne tout à la contraction suivante et ma sage-femme me dit "bloque-la", je bloque donc une partie de sa tête pour éviter qu'elle ne remonte - zéro repos donc avant la contraction suivante - . Dans mon esprit je me dis allez dans 2 contractions elle est dehors (d'abord la tête entière et puis le corps, c'est comme ça dans les films) et finalement après la contraction suivante, en ouvrant les yeux, ma fille était sur mon ventre ! Et le comble dans tout ça c'est que je n'ai même pas eu mal quand elle est sortie ! Juste avant l'expulsion du bébé, le corps produit encore plus d'endorphines, on a un "pic"... Merci la vie, c'est bien foutu quand même.

Durant tout mon accouchement je me suis répétée que la douleur cesserait une fois ma fille sortie, je me répétais que c'était temporaire, je savais qu'à chaque contraction de vécue et de passée, c'était un pas de plus vers la fin de la douleur. Je savais que c'était une douleur nécessaire. Ce qu'il y a de "chouette" avec un accouchement physiologique c'est qu'on a du repos entre les contractions et ça aussi je le savourais sans penser à la contraction suivante. C'était un total lâcher-prise et être totalement dans l'instant présent. Je pensais aussi positivement.

C'était très très intense, incroyable, difficile, long, fatigant, beau, chaud, froid, douloureux,... Mais j'ai fait sortir un mini être humain de mon corps! Ma fille est donc née dans notre salon, devant le sapin de Noël, un 10 décembre à 13h28. Elle était toute belle, rose, chaude, pleurait fort avec ses grandes mains et ses ongles minuscules, ses 50 cm et ses 3kg200 !

C'était le moment le plus incroyable et éprouvant de toute ma vie. Personnellement, je ne trouve pas qu'un accouchement soit merveilleux, je ne trouve pas que ce soit le "plus beau jour de ma vie" car ça été extrêmement rude et douloureux même si c'est beau de mettre un enfant au monde, ce n'est pas rien. Surtout qu'après l'accouchement en tant que tel il y a encore toute une panoplie de choses qui t'attendent... Et auxquelles tu n'es pas forcément préparée. La délivrance du placenta, être recousue si besoin, l'allaitement et tout ce qui va avec, les nuits blanches, les tranchées, les courbatures, les pertes de sang pendant des jours ou des semaines, les caillots, les douleurs au bassin/dorsales éventuellement, la fatigue extrême, la rééducation du périnée ... Donc oui c'est beau une naissance mais c'est très éprouvant pour une femme. Je parlerais dans d'autres articles du post-partum et de l'importance de le préparer autant que l'accouchement et l'allaitement.

Est-ce que je l'aurai fait si j'avais su ce que ça allait être ? Oui sans hésiter.

Est-ce que j'accoucherais à la maison pour un deuxième ? Probablement oui, j'aimerais bien dans une piscine. Si ce n'est pas le cas, accouchement physiologique à l'hôpital (et qu'on ne me touche pas avec une aiguille quand j'arrive, qu'on laisse faire la nature quand tout va bien).

Je déteste cette idée "une femme sur le point d'accoucher et dans une situation grave-urgente-elle-va-mourir-et-son-bébé-aussi". Je crois qu'il faudrait un peu calmer les professionnels de la santé et aussi les mettre au courant que leurs pratiques et certains de leurs gestes peuvent justement compliquer un accouchement et engendrer d'autres manipulations complexes en cascade...

Pour moi accoucher à l'hôpital c'était dire que j'avais un problème, une maladie, un truc grave alors que ce n'était absolument pas le cas. C'était déjà laisser planer du stress autour de moi alors qu'on en a vraiment pas besoin dans ces moments-là! Tout allait bien et il n'y avait pas de raison que je n'y arrive pas. Je voulais être maître de mon accouchement, je ne voulais pas que l'on m'accouche et que l'on me dise quand souffler, quand respirer, quand parler, que l'on me fasse une épisiotomie, qu'on me mette un cathéter, une péridurale qui peut provoquer aussi des effets secondaires (et dont les femmes ne sont pas au courant avant). La péridurale diminue l'intensité des contractions, peut "endormir" le bébé, ensuite il peut avoir du mal à sortir, à téter, si c'est trop long, on doit le sortir, épisiotomie, forceps parfois ou ventouse ou pire cela termine en césarienne... Rien n'arrive par hasard et non les médecins ne sont pas des dieux et vous ne devez pas vous dire "heureusement que j'étais à l'hôpital". Si vous n'aviez pas été à l'hôpital, tout ça ne serait peut-être pas arrivé. Sans péridurale, les contractions et les hormones auraient faits leur boulot. Je parle bien-sûr ici d'un cas ou la maman et le bébé sont en bonne santé, où la maman a eu une grossesse sans encombres avec aucun symptôme laissant présagé un accouchement "compliqué" par la suite.

Je pense qu'il est temps de se poser de bonnes questions sur la manière dont nous mettons nos bébés au monde et l'impact que cela peut avoir sur nous en tant que femme et future maman mais aussi sur nos bébés. Je ne raconte pas ça pour faire culpabiliser les mamans qui prennent la péridurale non, c'est juste que pendant la grossesse on ne leur explique pas clairement les risque encouru! Et on ne leur explique pas non plus quelles sont les réactions en chaîne que la prise de la péridurale peut provoquer - ou non -.

Et vous, vous avez accouché où ? Comment s'est passé votre accouchement ? S'est-il bien passé ? Regrettez-vous certains événements ?

Un accouchement = une histoire, et moi j'adore les histoires alors si vous avez envie de partager ça avec moi, j'en serai ravie :)

Ch@


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